
Après une première collaboration en 2022, vous retrouvez l’orchestre les 5 et 6 mars 2025 en tant que principale cheffe invitée. Comment envisagez-vous cette relation au long cours avec nos musiciennes et musiciens et que chercherez-vous à accomplir avec elles et eux ?
Ce fut un réel plaisir de faire de la musique avec l’OCL lors de notre premier « rendez-vous » en 2022, et je pense que nous étions tous très enthousiastes à l’idée de rendre cette relation un peu plus “officielle”. Quant à ce que je chercherai à accomplir, eh bien… en réalité, je suis bien plus intéressé par le voyage que nous ferons ensemble. Cela inclura l’exploration de combinaisons intéressantes de répertoires, découvrir où et comment nous pouvons nous dépasser musicalement et techniquement en tant qu’ensemble, et aussi emmener notre public avec nous. C’est excitant !
Le concert s’ouvre avec une pièce en création suisse de la compositrice iranienne Golfam Khayam : « I am not a tale to be told » pour soprano et orchestre, écrite en 2023 suite à votre rencontre avec elle puis jouée et chantée par vous aux côtés de l’Iceland Symphony Orchestra. L’avez-vous donnée ailleurs depuis et pourquoi est-ce important pour vous de continuer à faire vivre et entendre cette œuvre ?
Cette pièce est un véritable joyau, et depuis sa première en Islande, je l’ai interprétée avec l’Orchestre Symphonique de Göteborg et l’Orchestre Philharmonique de Radio France. Ce qui est tellement fascinant avec cette œuvre, c’est qu’elle est complètement différente avec chacun des orchestres qui l’interprète. Cela est en partie dû au fait qu’il y a des éléments d’improvisation dans la musique, articulés par la compositrice, mais qui doivent être apportés par les musiciens. Et puisque l’improvisation est quelque chose de très personnel, la musique est toujours différente, à chaque répétition et à chaque performance. C’est un organisme vivant (ce que l’on pourrait bien sûr dire de toute musique, même sans éléments improvisés !). Le texte de cette pièce, écrit par Ahmed Shamlou, un poète persan acclamé, est très puissant, et a été choisi après de nombreuses conversations entre la compositrice et moi. Pour résumer, il dit : Je ne veux pas que mon histoire soit racontée, comme une fable, comme quelque chose du passé. Je suis ici, maintenant, et je vous parle comme les étoiles parlent au ciel…
Le concert se poursuivra avec la symphonie n°45 de Haydn, dite des « Adieux ». Lors de votre concert de 2022 avec nous, c’était sa symphonie n°104, « Londres », qui était programmée. Haydn est-il pour vous un incontournable ?
Pour répondre en un mot : OUI ! Sa musique est très chère à mon âme musicale et ce fut un immense plaisir d’explorer la Symphonie n°104 avec l’OCL. J’ai hâte d’inclure Haydn parmi nos partenaires musicaux réguliers !
En 2e partie, nous aurons deux pièces pour un effectif d’orchestre plus petit : le Concerto « Dumbarton Oaks » de Stravinsky et le Divertimento pour orchestre à cordes de Bartók. Ces compositeurs, nés pour l’un en Russie en 1882, et pour l’autre en Autriche-Hongrie en 1881, se sont tous les deux exilés aux Etats-Unis. Leur voyez-vous des similitudes artistiques ?
Hmmmm… Je ne pense généralement pas à Bartók et Stravinsky ensemble, bien qu’il soit possible de tracer des similitudes entre l’influence de la musique folklorique de Bartók, comme les Rhapsodies, et certaines œuvres de Stravinsky, telles que Les Noces, Chansons de mon enfance et Le Sacre du Printemps. On pourrait aussi évoquer l’intensité du Mandarin merveilleux, qui, tout comme Le Sacre du Printemps, a été écrit pour la danse. Dans ce programme, en effet, les deux œuvres (Dumbarton et le Divertimento) proviennent de périodes où les deux compositeurs exploraient le style néo-classique, et ainsi, nous serons curieux de voir et de ressentir comment les œuvres se complètent mutuellement.
Que diriez-vous à nos spectateurs pour leur donner envie de venir écouter ce programme ?
Je dirais que vous êtes tout à fait les bienvenus pour partager ces expériences de concert en direct avec nous ! C’est un programme étincelant qui éveille tous les sens et surtout, le cœur. Avec les musiciens de l’OCL, nous sommes passionnés par ce que nous faisons, et c’est une occasion précieuse pour nous de partager cette passion avec notre public. Assister à une performance musicale présente des similitudes avec l’excitation d’un événement sportif : on ne sait jamais exactement comment cela va se dérouler !
QUESTIONS D’ÉTUDIANT(E)S DE L’HEMU
Quel a été le moment le plus marquant de votre carrière musicale jusqu’à présent, et en quoi a-t-il influencé votre approche en tant que musicienne/professionnelle du monde orchestral ?
Ohhhh, c’est une excellente question. J’ai l’impression que j’ai été sur une courbe d’apprentissage constante depuis mon enfance, et il est très important pour moi de rester dans l’émerveillement, la curiosité et la jovialité de l’esprit d’enfant, tout en ayant la discipline et le développement technique qui sont si importants pour moi en tant que musicienne expérimentée.
Les moments les plus mémorables pour moi ont été ceux où je suis allée au-delà de ce que je pensais pouvoir faire : je pense à chanter Les Mystères du Macabre de Ligeti, chanter l’opéra Lulu de Berg (tout en portant des pointes !), faire mes débuts de cheffe d’orchestre et toutes les répercussions que cela seul a eu sur ma vie entière, et plus récemment, la réalisation de récitals avec l’incroyable pianiste Bertrand Chamayou. Chacune de ces expériences me transforme et influence la suivante.